épisode 01

[ une vie heureuse sans enfant ]

Pour ce premier épisode de MôME? Edith Vallée, docteur en psychologie, écrivaine et passionnée d'histoire de l’art se livre sur son travail et ses choix de vie. Elle a travaillé toute sa vie sur différents sujets liées aux femmes. Sa réflexion commence dès 1981 avec sa thèse "Pas d’enfant, dit-elle… “ une analyse de femmes ayant fait le choix de la non maternité. Aujourd'hui sa bataille c'est le matrimoine. Au travers de son dernier écrit "Le matrimoine de Paris, : 20 itinéraires, 20 arrondissements" elle mène un combat à l'histoire et resucite des femmes oubliées par l'histoire qui se sont réalisées autrement que par la maternité. Elle est aussi l'autrice du site et blog non-maternité.org

MôME? est un podcast crée par Laura Boit. Tous les mois je vais à la rencontre d'un être humain pour lui poser la question : Et toi t'en veux des mômes ?


RETRANSCRIPTION

Merci infiniment à Ana

LAURA
Salut et bienvenue dans Môme?, le podcast qui parle du désir ou du non désir d’avoir des enfants. C’est parti !

GENERIQUE

LAURA
Je m’appelle Laura, et une fois par mois, j’irais à la rencontre d’un être humain pour lui poser la question :
"Et toi, t’en veux des mômes ?”.
Et pour ce premier épisode, je commence avec une femme un peu badass. Cette femme, c’est Édith Vallée.
Édith Vallée a 70 ans, elle est docteure en psychologie, écrivaine et passionnée d’histoire de l’art. Elle a travaillée toute sa vie sur différents sujets liés aux femmes. Elle a commencé par écrire une thèse en 1981 sur les femmes qui ont fait le choix de la non-maternité Pas d’enfant, dit-elleet elle se focalise aujourd’hui sur la mise en lumière de femmes oubliées par l’Histoire qui se sont réalisées avec son dernier écrit Le matrimoine de Paris, 20 itinéraires, 20 arrondissements. Elle tient aussi le site et blog non-maternite.org dédié au soutient des femmes se posant la question de la non-maternité. Aujourd’hui, avec Édith Vallée, on va parler de vie sans enfants, de matrimoine, de mai 68 et d’amour.

00:01:40 ÉDITH VALLÉE
Je suis psychologue et je suis pionnière sur le sujet des femmes qui ont fait le choix de pas avoir d’enfants. Ça a été le sujet de ma thèse en 1981 donc j’ai commencé dans les années 70, voyez l’âge ! On est passé d’un rejet total agressif et violent (à la fac y’avait des empoignades terribles sur ce sujet) à une interrogation sur qui pouvaient bien être ces femmes puis à un rejet mais masqué sous des idées de fausse tolérance “Vous comprenez, ces femmes ont bien le droit de choisir leur vie mais vous savez elles ne sont pas épanouies !” et puis maintenant, il y a quelque chose d’absolument extraordinaire auquel j’assiste il y a quelques années, c’est une certaine solidarité, une certaine transmission entre les mères et puis les femmes qui ont fait ce choix, et on voit les mères qui disent maintenant “moi je sais que j’aurais très bien pu être très heureuse sans enfants aussi, j’adore mes enfants, je sais que j’aurais pu être heureuse sans enfants” et puis, y’a les femmes qui ont fait ce choix de ne pas avoir d’enfants qui disent “mais j’aurais été une bonne mère !” et voilà, quelque chose qui était du côté de la non-compréhension, je trouve que ça s’ouvre vers l’échange.


Toute ma vie finalement, j’ai accompagné des femmes qui se posent la question “un enfant ou pas ?”. J’ai côtoyé de très nombreuses femmes qui ont fait ce choix de non-maternité, qui tournent le dos à la maternité dirons-nous, et je me suis rendue compte qu’il y avait 3 courants : un courant qui va vers l’union, un autre qui va vers l’action et le troisième courant c’est la rupture. 

Alors l’union ce sont des femmes qui sont en communion avec ce qu’elles aiment, en fusion carrément avec ce qu’elles aiment… ça peut être des grandes amoureuses ou bien des femmes en quête spirituelle, des créatrices… porter une œuvre en soi, faire une recherche, il y a une forme presque de gestation de ce travail-là… Et elles sont comblée, il n’y a pas d’accueil d’une tierce personne dans ce cocon qu’elles font… Et d’ailleurs, comme psychologue, je me suis rendue compte de cela parce que quand venaient consulter des parents qui avaient un enfant malheureux, eh bien, quand il s’agissait de couples fusionnels l’enfant ne pouvait pas trouver sa place là-dedans. Souvent ce sont des enfants qui ont été faits un peu par conformisme, souvent y’en a qu’un, et les parents sont en réalité très heureux ensemble et n’ont pas besoin d’enfants.

Puis deuxième groupe les femmes qui se tournent vers l’action, et là ce sont des entrepreneuses ou bien des femmes extrêmement curieuses du monde, comme par exemple des journalistes, qui se nourrissent de tout ce qui arrive dans le monde et qui jouissent de cela, qui jouissent d’entreprendre, qui jouissent d’apprendre et de communiquer. Elles sont vraiment toujours en quête d’une dimension de densité de leur vie et c’est ça qui leur donne la densité, la jouissance de vivre, c’est l’action et l’ouverture au monde.

Et puis troisième courant, celles de la rupture. Alors celles de la rupture sont divisées en deux groupes, il y a “je ne veux pas d’enfants car je ne veux pas renouveler quelque chose qui m’est pénible et qui m’est transmis par les générations précédentes”.Souvent ces femmes-là ont eu une enfance malheureuse et légitimement elles se sentent fragilisées, elles ne veulent pas prendre le risque. En tout cas, ce qu’on peut dire des femmes qui font ce choix-là, ce qu’elles sont responsables et elles ne font de mal à personne. Ces femmes sont souvent tournées vers des métiers de soin à autrui ou elles sont engagées dans la relation au monde.
Et puis, deuxième possibilité de rupture, c’est “je ne veux pas prolonger le monde tel qu’il est, je ne veux pas de sa violence, de ses exactions, de son injustice ; je ne veux pas d’un monde qui fait fi de l’écologie et qui détruit la planète, donc je refuse de participer à cette …production… reproduction du monde tel quel !”. Ces femmes-là sont souvent engagées politiquement. Je me suis rendue compte ensuite que ces deux groupes de la rupture, finalement, retrouvaient en parallèle quelque chose des femmes qui étaient comblées par l’action ou des femmes qui étaient comblées par l’union.


L’évolution de mon travail tourne autour de la féminité. J’ai commencé parce que c’était une question centrale dans ma vie aussi, j’ai commencé à faire des recherches sur les femmes qui ne voulaient pas avoir d’enfants, j’ai écrit d’ailleurs trois essais sur le sujet. J’ai fait une parenthèse sur le sujet à un moment, j’ai prolongé des études en histoire de l’art et ça a aboutit à un livre qui s’appelle La Madone libertaire. Enquête au musée du Louvre et au-delàet en fait c’est encore une question autour de la relation mère-enfant puisque la vierge elle a fait un enfant qu’elle a profondément accepté, d’une façon étonnante, mais c’est une femme qui a accepté d’être mère, qui voulait certainement être mère. Je me suis réinterrogée sur ce que ça voulait dire pour moi tout ça. J’ai renforcée cette dimension que j’avais d’aller faire des recherches en histoire de l’art et je me suis dit que j’avais quelque chose à transmettre. S’il y a bien une question que je me posais souvent c’est celle de la transmission. Finalement je fais ce que je veux de ma vie, mais c’est tellement bien la vie que je veux y mettre mon empreinte. Je me suis rendue compte qu’il fallait finalement mener un combat  à l’histoire. Au fur et à mesure que je coutoyais les femmes qui faisaient ce choix de ne pas avoir d’enfants, je me suis tournée aussi vers celles qui étaient connues, célébrées, pour autre chose que leur maternité. Je me suis rendue compte qu’il y en avait très peu parce que c’est un effet de patriarcat. À force de célébrer les femmes pour leur maternité et pas du tout pour leur production, ça veut dire que l’important pour une femme c’est essentiellement la maternité (si bien que ça les enferme) et que la société se satisferait largement de femmes qui se consacreraient uniquement à la maternité. Je me suis mise à militer pour le matrimoine c’est à dire l’héritage culturel issus des femmes et il est fondamental maintenant je trouve que les femmes se rendent compte, la société se rende compte surtout, que les femmes ont une dimension d’épanouissementbien ailleurs que dans la maternité. Je suis donc passée d’un militantisme pour qu’il soit dit que “les femmes pouvaient très bien ne pas être mères et se sentir épanouies tout autant” à celui qui veut affirmer “retrouver, mettre en lumière les réalisations des femmes du passé”.

00:00:00 LAURA
Au malheur de ne pas enfanter, succède celui d’enfanter. À la célébration de la fécondité succède le refus de maternité. Jadis et naguère, la fécondité était honorée et célébrée. Ivonne Kébeler Un des changements les plus révolutionnaires du dernier demi-siècle pour les femmes est qu’elles peuvent désormais réduire ou même refuser les naissances. Le plus révolutionnaire n’est pas tant la possibilité de réduire les naissances. On sait qu’elles ont toujours usées de techniques éprouvées pour éviter le surpoids des maternités. Mais le fait qu’elles trouvent dans la société non seulement des moyens médicaux reconnus pour éradiquer toute possibilité d’enfanter mais aussi la légitimité de revendication, devenue parfaitement recevable, même si aux yeux de certains activistes ces dernières ne le seraient pas suffisamment. Or, cette légitimité du non-désir d’enfants et l’exact contrepartie du désir d’enfant qui aujourd’hui dicte les comportements en matière deprocréation. L’enfant était le fruit de la nécessité qui se poursuit, de l’indispensable perpétuation de la lignée. Il devient le fruit du désir singulier, personnel, de ses parents. Un désir portant sur la singularité d’individus. Cet enfant du désir est l’enfant de la famille privée, intimisée, désinstitutionnalisée, informelle, qui n’a d’autre raison d’être que l’épanouissement affectif de ses membres. On fait un enfant non pour la société, pour la perpétuation de l’existence collective, mais pour soi et pour lui-même. Et on ne fait pas d’enfant exactement pour les même raisons. Marcel Gaucher
Extrait du livre pas d’enfant, la volonté de ne pas vouloir engendrer, d’Anne Gotman

  00:00:00 ÉDITH VALLÉE
J’ai su que je ne voulais pas d’enfants en mai 68. Ça a été une espèce de révélation, ça a été brusque, mai 68, parce que je ne me posais pas vraiment la question de savoir si je voulais un enfant ou pas. C’était évident que j’allais faire des enfants. Je viens d’une famille très traditionnelle, catholique et un peu misogyne. On peut pas dire que vouloir que sa fille fasse un enfant ça soit misogyne mais c’est un peu ce que j’ai vécu. Je suis donc arrivée en mai 68 sans me poser la question. Etpuis soudain, avec tout ce qui était dit et toute la réflexion qui était posée, j’ai compris que on était libre finalement et qu’il était même nécessaire de ne pas suivre les pensées qui nous étaient imposées, les injonctions qui nous étaient données. Il était vraiment nécessaire de penser par soi-même. Et c’est très difficile de se dire qu’est-ce qui vient de moi, qu’est-ce qui vient de mon expérience, quelle est ma véritable réflexion parce que souvent on croit penser par soi-même et en fait on assoit son raisonnement sur des stéréotypes. C’était mon cas, là, dans l’histoire de faire un enfant ou pas. Je ne m’étais pas vraiment posée la question. Je me la pose, donc, en mai 68, et en plus je rencontre un homme avec qui j’ai une relation formidable et tellement unie que on décide de ne pas faire d’enfant et on est en fusion, on est tout le temps en fusion. On vit dans cette relation où un enfant n’est pas du tout nécessaire.

La société s’est bien employée à essayer de me faire douter. Je dois dire honnêtement que ça a été tout de suite évident, j’ai pas douté pendant 107 ans, je me suis pas posée la question. Bien sûr, vers 40 ans je me suis dite “Est-ce que je me trompe pas, quand même ?” et je me suis donnée une semaine de réflexion. Vous allez me dire “c’est pas beaucoup !” mais j’avais rencontré un médecin qui m’avait dit que il avait les moyens de faciliter la procréation si je le voulais, je me suis donnée une semaine. J’ai gardé l’idée flottante et j’ai conclu que non, je n’avais aucune raison de changer d’avis. Je savais que j’étais prise par un élan quelque part et au bout d’un certain temps je me suis rendue compte que cet élan c’était le besoin de transmettre les œuvres des femmes du passé et de faire connaître le matrimoine. J’ai toujours su que j’avais quelque chose à découvrir en moi. Et je l’ai découvert. Par contre, ce que je voudrais dire c’est qu’il y a des femmes qui disent qu’elles sont tristes du fait de ne pas avoir eu d’enfants et moi dans ce cas là je demande d’interroger la vie affective, parceque c’est facile de mettre une dépression même passagère sur le compte du fait que l’on a pas d’enfant, mais qu’on interroge la vie personnelle : “est-ce que la vie personnelle est épanouie ?”. Est-ce que ces femmes-là ont trouvé de quoi se réaliser, on trouvé leur propre talent, leur propre ambition personnelle, leur propre mission ? Est-ce qu’elles se sont données une mission ? Est-ce qu’elles ont rencontré un homme à aimer ? Est-ce qu’elles ont su s’arrêter à un homme “ordinaire”, un homme de leur temps plutôt que d’attendre le prince charmant ? L’intérêt c’est que la vie n’est jamais finie ! Si on a un sentiment de manque et de ratage, ce n’est pas l’âge qui va empêcher de s’y mettre !

J’ai eu une vie amoureuse très très riche. J’ai connu des passions… L’homme dont j’ai été très amoureuse au début de ma vie, ça n’a duré que 10 ans, mais après j’ai eu beaucoup d’aventures merveilleuses et aujourd’hui je suis toujours amoureuse de l’homme avec qui je suis.
Une vie sans enfant c’est une vie toujours… vivante, j’allais dire. On est toujours en quête de densité à donner à sa vie. Avec un enfant on peut tout à fait se satisfaire de la maternité ou de la paternité et se dire que sa vie est justifiée. Mais, quand on a fait le choix de pas avoir d’enfant c’est que d’emblée déjà on sait qu’on est appelé vers autre chose, donc cet autre chose il faut le chercher. Et ça s’arrête jamais ! Parce qu’une fois que les enfants ont quitté le foyer, dans une famille de parents, ils peuvent se sentir rassurés, ça y est ils ont accompli leur vie ! Mais il n’y a pas cette marque, cette limite pour une femme qui n’a pas fait d’enfants. Il n’y a pas cette limite du départ des enfants. Cette envie de donner plus de densité à sa vie, elle a pas de raison de s’arrêter… C’est pour ça d’ailleurs que je crois que les femmes qui ont fait ce choix de ne pas avoir d’enfants entretiennent naturellement une certaine jeunesse en elles, d’ouverture, d’appel, de rencontre, d’ouverture au monde !

L’horloge biologique a évidemment sonné pour moi, vers 40 ans. Comme j’étais très très confortée dans mon idée de pas faire d’enfants, j’ai pas été troublée. La seule chose que j’ai remarqué c’est, chez les femmes souvent qui n’ont pas fait le choix d’avoirdes enfants, elles ont un certain doute vers 50 ans et une certaine dépression. Elles parlent de nostalgie. Je crois que ça réactive l’idée que vers 50 ans ont perd quelque part sa jeunesse. Ça y est, c’est plus là, c’est en train de se passer, on sait qu’on va vers une diminution des forces physiques et cætera… J’ai ressenti ça, bien sûr, savoir que des choses partaient… Mais en même temps, je me sentais tellement vivante et tellement jeune que j’y ai pas cru ! J’y ai pas cru ! Et j’ai bien raison ! Je continue d’avoir une vie très animée et une vie sportive aussi, une vie jeune, l’horloge biologique ne m’a pas touchée !

J’adore voirles enfants. Dans les jardins publics je regarde leur mine épanouie, leurs yeux surtout ! Des yeux extraordinairement brillants et joyeux ! Et puis c’est chouette les enfants, on peut pas leur reprocher d’être joyeux, d’être vivant, de faire des bêtises… et tout ça c’est chouette à voir ! Cela dit je ne suis pas attirée par les tout petits bébés. Je ne cherche pas à avoir une communication avec eux, mais j’aime beaucoup observer les enfants, les petits enfants, les voir progresser leur intelligence, leur curiosité de vie… Et puis moi ce que j’adore c’est que les enfants sont des philosophes ! La question que je me suis posée au cours de ce choix c’est bien en effet celle de l’héritage parce que je voulais transmettre quelque chose. Et transmettre à des enfants… C’est possible, c’est toujours l’histoire de l’art qui m’a poursuivit en fait ! Je suis un peu spécialisée dans les visites des musées aux enfants parce que ça me plaît de leur enseigner l’histoire de l’art ou le dessin. J’aime beaucoup faire des dessins avec les enfants, j’ai travaillé le dessin d’enfants avec Françoise Dolto et il m’en reste beaucoup de plaisir.

00:00:00 LAURA
Françoise Dolto c’est une femme qui a occupé une place importante dans l’histoire de la psychanalyse pendant la seconde moitié du 20ème siècle. Elle pose les bases d’une nouvelle éducation de l’enfant. Sa mère ne voulait pas qu’elle fasse d’études et elle adu batailler pour en faire. En 1939 elle a soutenu sa thèse de doctorat en médecine. En gros, avant Dolto, dans les années 50, l’éducation se faisait encore au martinet et l’enfant était considéré comme un être inabouti, souvent mis de côté. Les médecins pensaient même qu’ils étaient insensibles à toute douleur physique. Et puis Françoise Dolto arrive et propose une nouvelle forme d’autorité parentale basée sur l’intelligence et la compréhension, et pas sur la simple obéissance. Elle propose aux parents de mettre la parole au cœur de l’éducation. De parler à l’enfant. De parler vrai. Et ça, dès sa conception. Et surtout, de ne pas leur mentir. Quant au désir de l’enfant, il ne doit pas nécessairement être satisfait mais on doit l’entendre et en parler. C’est toute la différence. Pour elle, éduquer un enfant, c’est aussi formuler des interdits. Françoise Dolto invite aussi les parents à ne pas faire de l’enfant l’être central de la famille : l’enfant doit être à la périphérie du couple.


00:00:00 ÉDITH VALLÉE
Donc les questions que je me suis posée quand même c’est ça, la transmission, donc l’histoire de l’art. Et puis après, j’en suis venue à l’idée de remettre en lumière les femmes du passé qui avaient été occultées et du coup j’ai écrit ce livre, Le matrimoine de Parisqui a l’avantage de ressusciter les œuvres des femmes. Pourquoi est-ce si important pour moi, ça ? Pour que change le regard sur les femmes. Quand un homme fait une œuvre, elle apparaît dans un continuum de création. On identifie ce qui l’a marqué pour en arriver à ce moment de production, on voit à quel point il s’oppose, il invente et cætera… Il réinterprète les recherches avant lui. Quand une femme propose une œuvre d’art et que derrière elle il n’y a que Marie Curie, Jeanne d’Arc et Georges Sand, on saitpas d’où elle vient. Son œuvre apparaît du coup ) peu près illégitime, en opposition à un œuvre d’homme qui est elle légitimée par tout un continuum culturel. Et elle va forcément devenir éphémère. Moi qui ait fait le choix de ne pas avoir d’enfants, je neveux pas que les femmes aient une dimension éphémère. Avec le recul je me seraient intéressée plus tôt à l’histoire de l’art, beaucoup plus tôt parce que c’est facile une fois qu’on a trouvé sa voix de se dire “bah oui c’est ça” mais j’y aurais travaillé plus tôt. Il n’empêche que j’adore le métier que j’ai eude psychologue et j’ai accompagné beaucoup de gens dans leur questionnement. J’ai une vie en parallèle, mais cette deuxième vie parallèle qui tourne autour de l’histoire de l’art elle m’est venue quand même vers 40 ans. J’aimerai dire aux personnes qui m’écoutent et qui sont sur le chemin de la non-maternité, j’ai envie de leur dire de manière très empirique, de congeler leurs ovocytes. Vous savez que la possibilité de fécondation diminue avec l’âge et je pense que congeler ses ovocytes ça permet de dormir sur ses deux oreilles et de diminuer vraiment ou d’éliminer l’angoisse par rapport à la question “Est-ce que j’ai raison ou pas ? Est-ce que je vais changer d’avis au dernier moment ?”. On a pas à s’inquiéter du vieillissement des ovocytes, on peut se poser tranquillement la question le moment venu en sachant que l’on a là, quelque part, congelé des ovocytes qui ont 25 ans, 30 ans. J’ai envie de dire ça pour calmer l’angoisse.

00:00:00 LAURA
La congélation ovocytaire c’est une technique qui permet de préserver la fertilité. Elle se fait par vitrification (une congélation ultra-rapide). Elle peut être utilisée pour retarder la maternité ou dans le cadre d’une PMA (Procréation Médicalement Assistée). Il est conseillé de le faire avant 35 ans car la réserve ovarienne et la qualité de l’ovocyte diminue avec l’âge. Et ça se passe comment ? En gros, ça commence par un test de fertilité suivit par un bilan de santé pour écarter les probabilités de maladie infectieuses. Ensuite, vient le cycle de stimulation ovarienne. C’est des injections, pendant 10 à 12 jours, avec 3 contrôles. Pour terminer, c’est la ponction des ovocytes. Elle se passe sous anesthésie et dure une vingtaine de minutes. Les ovocytes seront ensuite plongés dans l’azote liquide à -196° C pour préserver les cellules reproductrices, en attendant qu’elles soient utilisées. La congélation ovocytaire est autorisée depuis 2011 mais seulement sous certaines conditions. En fait, trois : - dans le cadre d’une PMA ; - en prévention de maladie potentiellement dangereuses pour la fertilité féminine ; - depuis 2015, dans le cadre d’un don d’ovocytes. Les donneuses ont le droit de cryopréserver une partie de leur ovocytes pour en faire un usage personnel ultérieur, mais sans dépasser la limite de 43 ans. Le don d’ovocytes est anonyme, gratuit et ouvert à toutes les femmes de 18 à 37 ans. Ce qui veut dire que la congélation ovocytaire par convenanceest interdite en France. Les femmes doivent donc se rendre à l’étranger et payer entre 2 000 et 4 000€ pour une ponction. Et pendant ce temps-là, les hommes peuvent faire conserver leur sperme dans un centre privé sans aucune autre formalité qu’une ordonnance médicale et ça, depuis les années 1940. Mais effectivement, le sexisme, c’est un mythe.

00:00:00 ÉDITH VALLÉE
La question de savoir si je suis épanouie ? Ah mais oui ! Tout à fait ! L’important dans l’histoire c’est de trouver son propre talent, c’est de trouver vers quoi on est appelé. Et ça, c’est une expérience individuelle. Quelque fois il faut très longtemps pour trouver sa vocation, son ambition, son chemin. Et ce chemin, pour certaines femmes, il est tout de suite évident qu’elles n’ont pas envie d’enfants et ce n’est pas les pression de la société qui doivent les faire vaciller, c’est un vrai désir. Plus ces femmes-là sont en recherche d’elles-même, plus elles vont vite arriver à l’idée que en effet, elles ne sont pas faites pour avoir des enfants.

00:29:00 LAURA
Nul ne peut dire à ta place si ton talent le plus beau, c’est la maternité. Beaucoup ne se posent pas la question et y vont d’évidence, mais il existe d’autres voies pour se déployer. Et sans faire de mal à personne. Surtout, sache que si tu n’en passes paspar la maternité, tu as un talent qui t’attend : être toi-même. Te donner naissance à toi-même. Et là, tu as plus de temps que tu croyais pour t’y mettre. Un certain 3 août quelqu’un m’a acheté un porte-clé à Londres sur lequel était gravé “Life begins at 40”. Il avait bien raison ce porte-clé !
Extrait de la lettre ouverte aux femmes proches de 40 ans, non mère, d’Édith Vallée.

(Bruit d'ascenseur)
Alors, bon retour !
Merci ! À bientôt !


00:00:00 LAURA : OUTRO
Voilà, c'était MôME? de Laura Boit. Réalisé par elle même avec sa propre voix.
Merci à Edith Vallée d'avoir accepté de participer à l'ouverture de ce podcast et s'être livrée et merci aux precieux conseils de certaines, elles se reconaitrons ! J'espère que ça t'a plu et on se retrouve dans un mois pour l'épisode 02. J'espère que tu es prêt·e parce que celui-ci, il est un peu salé. Tu peux écouter le podcast sur la plupart des plateforme audio comme soundcloud, spotify, Itunes, etc. N'hésite pas à m'envoyer des remarques ou propositions sur instagram : mome_podcast
Je te souhaite une merveilleuse journée, nuit, ballade en métro.


Et toi, t'en veux des mômes ?